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Confinement et stress : l’aide psychologique d’une experte

Confinement et stress : l’aide psychologique d’une experte

Confinement et stress : l’aide psychologique d’une experte

 
Depuis un peu plus de 4 semaines, nous sommes confinés chez nous et réagissons tous différemment face à cette expérience inédite. Tandis que certains s’épanouissent, découvrent les joies du pain maison ou multiplient les activités manuelles avec leurs enfants, d’autres peuvent au contraire ressentir du stress et de l’anxiété. Dans l’entretien qui suit, Violaine Carretier, psychologue clinicienne et interculturelle, nous donne des clés simples pour décrypter les éventuels malaises et surtout améliorer la situation. Bénéficiez de ses conseils pour éviter confinement et stress !
 
 


smallART : Quels sont les effets du confinement sur l'état psychologique des personnes ?

 
Violaine Carretier : Le confinement est une expérience que seulement très peu de gens ont déjà vécu. C'est une situation nouvelle pour tous. Certaines personnes la trouvent très bénéfique. Elles en profitent pour faire des activités qu'elles n'arrivaient pas à faire, faute de temps : passer du temps avec leurs enfants, lire, se détendre...
Cependant, les effets du confinement peuvent également être difficiles à vivre. Ils varient beaucoup en fonction de notre âge, de notre personnalité, de notre environnement. Ils sont liés à la privation de la liberté d'aller et venir, mais aussi à la peur de la maladie, de la mort, et à la rupture des interactions sociales habituelles. Cette expérience du confinement peut ainsi révéler des vulnérabilités particulières, ou accroître des fragilités psychologiques déjà présentes.

 

 

smallART :Avez-vous quelques exemples de personnes pour qui le confinement peut être compliqué ?

 
Violaine Carretier :Voici des situations typiques :
 
- Un enfant en bas âge : il n'a pas les mots des adultes, et ressent la peur ambiante véhiculée dans les médias, par ses parents ; il peut ressentir une angoisse qu'il ne sait pas verbaliser. L'enfant en bas âge ne demande pas d'aide, c'est donc dans ses comportements que l'on peut repérer l'angoisse : colère, agitation, irritabilité, troubles du sommeil, par exemple. Les parents doivent être vigilants : ils connaissent bien leur enfant, ce sont même des experts pour cela ! Ils peuvent aider l'enfant à identifier ses émotions, à mettre des mots sur ce qu'il ressent, à donner un sens à ce qu'il vit et le rassurer quant à leur présence et leur amour pour lui.
 
- Une personne adulte, qui travaille habituellement, et vit seule avec ses enfants : que cette personne soit un homme ou une femme, elle vit avec le confinement une rupture drastique dans ses habitudes de vie. L'espace professionnel et l'espace privé peuvent être aujourd'hui fondus en un seul espace, et s'ajoute à cela l'espace dédié à la scolarité des enfants. Les rythmes sont changés, et la personne doit jongler entre ses temps de travail, son rôle de parent pour la gestion du quotidien et pour l'accompagnement de ses enfants à la scolarité. La difficulté est souvent ressentie comme une forme d'envahissement, de débordement, où tous les espaces sont mélangés, et où la personne n'a plus d'espace-propre pour se ressourcer. En plus de faire face à ses angoisses vis-à-vis de la maladie, il n'y a pas de relais possibles, à la famille par exemple. Ceci peut générer des angoisses, des insomnies, de l'irritabilité, voire des troubles plus graves comme des symptômes dépressifs, de l'agressivité, des troubles addictifs...
 
- Pour les personnes qui vivent seules : en interagissant avec d'autres personnes, en discutant de leur ressenti, les personnes verbalisent certaines de leurs craintes. Imposée par le confinement, l'absence d'interactions sociales entraîne des difficultés à réguler les pensées angoissantes puisqu'elles ont moins d'occasions d''être verbalisées. De plus, les personnes seules ont davantage recours aux médias pour, entre autres, pallier leur sentiment de solitude. L'omniprésence des discours associés au COVID-19 dans les médias peut avoir pour conséquence de majorer leurs angoisses, notamment celles associées à la maladie.
 
 

LES AIDES POUR UN CONFINEMENT SANS STRESS

 
 

smallART : Comment faire pour vivre au mieux le confinement ?

 
Violaine Carretier : Quel que soit notre âge, certaines stratégies peuvent contribuer au maintien d'un bien-être psychologique. En voici quelques unes :
- Il est important de garder des rythmes de repas, de sommeil, de temps dédiés au travail et/ou à la scolarité. Planifier ses journées a un effet direct sur le bien-être psychique car il donne des repères, des habitudes, qui nous relient à un avant et un après.
 
- Ensuite, l'environnement étant suffisamment anxiogène, il faut trouver dans ce quotidien des sources de satisfaction, des petits plaisirs qui viennent l'enrichir : des repas mijotés, des temps privilégiés avec ses enfants, de la lecture, de la musique, des films, des jeux en famille...
 
- Garder des liens avec ses proches, ses amis, est également fondamental. Même si ces liens  ne peuvent se faire que par téléphone ou internet, ils permettent de partager le vécu, de s'assurer de faire partie d'un groupe, d'une famille, d'une communauté, et de pouvoir se projeter dans le futur.
 
- De plus, il est recommandé de limiter le temps d'exposition aux médias, cela aura un effet direct sur le stress. Ceci est d'autant plus important pour les enfants, qui ont moins de faculté de comprendre ce qui se passe au niveau de la société, ce qui est très anxiogène pour eux.
 
- Enfin, se garder des temps de solitude, dans la mesure du possible, permet de se recentrer,  de s'apaiser. Cette période de confinement est l'occasion de prendre le temps de se poser, de faire le point sur ses envies pour « l'après », ses projets, et ainsi donner de la perspective à ce qui se passe : qu'est-ce que cette expérience m'apporte ? Qu'est-ce que je souhaite pour le futur ? Qu'est-ce qui est important pour moi, et contribue à mon équilibre ?
 
 

smallART: Et si cela ne suffit pas ?

 
Violaine Carretier : Certaines personnes vivent très mal l'expérience du confinement, et n'arrivent pas à lutter contre des angoisses envahissantes, ou se sentent submergées par les changements qu'il implique. En cas de mal-être important, il est fortement recommandé de demander de l'aide psychologique à un professionnel : ce peut être son médecin généraliste, un centre médico-psychologique, un psychologue... Une grande partie des professionnels assurent des consultations par téléphone, ce qui évite de vous déplacer. De plus, le gouvernement a mis en place un numéro vert qui prend en charge celles et ceux qui ont besoin de soutien psychologique (0.800.130.000).
 
Il est important de ne pas rester seul si on se sent en détresse : le confinement met à rude épreuve, et ses effets peuvent être ressentis de façon très forte par certaines personnes. En parler peut vous aider à gérer et reprendre le contrôle sur certaines angoisses, en attendant la levée du confinement...
 
 
Un grand merci à Violaine Carretier Psychologue clinicienne et interculturelle pour son temps !
 
  • © Luca Lorenzelli - Adobe Stock
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Rédigé le  12 avril 2020 22:27 dans smallINTERVIEW  -  Lien permanent

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